Ancien élu, Maire et Député UDF, toujours passionné par la politique et la France, je souhaite apporter ma contribution à tout ce qui touche à l'avenir de mon pays.
Avec la création du Modem, Bayrou a entamé sa longue marche vers 2012. Il a ce dont il rêvait depuis longtemps, et ne s’en cache pas, « son » parti entièrement dévoué à sa personne, à ses idées, à ses ambitions et qu’il pourra contrôler.
Pour s'en convaincre, il suffit de voir la façon dont il n’a laissé le soin à personne de mener les débats pour répondre aux demandes d’amendements en vue de l’adoption définitive des statuts. Je ne suis pas sûr que certains nouveaux militants apprécient au fil de l’expérience, surtout quand on note la quasi totalité d’ex-UDF dans le Comité Exécutif, lequel décide en fait de tout. Démocratie, démocratie… Il n’y a guère de différence par rapport au fonctionnement de l’UDF. L’hypocrisie est de vouloir le faire croire. Mais pouvait-il en être autrement ?
Enfin, je n’ai pas apprécié « cette langue de bois » sur le désintéressement des politiques qui composent cet exécutif. Pour bien connaître "le système", j’ai failli en rire. Il n’y a pas de honte à avoir de l’ambition, il faut l’assumer, simplement.
Pour autant, le Congrès fondateur du Modem a été indéniablement un succès militant et dans son discours de clôture François BAYROU a su, comme d’habitude, trouver les mots qui fédèrent les oppositions diverses que constitue le Modem.
Clin d’œil aux gaullistes en parlant de « résistance » face à « l’américanisation » du pouvoir et en faisant référence au lâchage en 1951 de ses députés, élus sur son nom.
Clin d’œil aux socialistes et à la gauche en dénonçant le pouvoir et son rapport avec « l’argent ».
Clin d’œil aux écologistes avec la définition d’une croissance « durable »
Clin d’œil à son électorat historique en valorisant l’Europe, seule entité à pouvoir nous défendre dans l’univers sauvage de la mondialisation ou en défendant les valeurs traditionnelle de notre civilisation chrétienne comme le repos dominical.
De son discours, je partage ses remarques sur l’équilibre nécessaire des institutions, la responsabilité individuelle au service de la responsabilité collective, le recours perpétuel à l’état providence, un meilleur équilibre entre le revenu du capital et le revenu salarial et enfin sur l’Europe. On peut reprocher au pouvoir un certain nombre d’erreurs, mais je commence à me lasser de la dénonciation du pouvoir médiatique, d’un brin de caricature du président et son américanisme, comme je me lasse également de cette dénonciation exagérée de l’argent. Attention, les français commencent à être plus pragmatiques qu’on ne le croit. Être agrégé de Lettres et issu de la France traditionnelle n’autorise pas de s’ériger en donneur de leçons perpétuel.
Est-ce que tout cela fait une ligne politique claire aux yeux des français ? C’est à mon avis le grand défi de François BAYROU.
Dans l’immédiat avec les municipales et les cantonales qui s’avèrent difficiles, il vaudra convaincre les électeurs que l’on peut avoir des alliances à géométrie variable et que ces alliances ne soient pas ressenties comme de la pure politique « politicienne ». Il faut également savoir que les élus municipaux conditionnent principalement l’élection des sénateurs. Si les résultas sont très mauvais, il n’est pas certain que ceux qui sont restés fidèles au Modem le restent très longtemps s’ils veulent se faire réélire.
A moyen terme, le Modem devra établir un vrai projet pour 2012 en conciliant la diversité de ses militants mais aussi avec l’évolution du paysage politique que Nicolas SARKOZY a profondément transformé par son élection et son « ouverture ». Il lui faudra pour le moins patienter jusqu’aux élections européennes et régionales en 2009 qui sont basées sur la proportionnelle et qui sera susceptible de lui « redonner un peu d’air » et d'assise électorale. Pour son projet politique, il lui faudra effacer quelques contradictions apparues dans le discours de François BAYROU, par exemple en faisant en même temps l’éloge de la responsabilité individuelle ou la dénonciation du recours perpétuel à l’Etat et les références à un économiste de gauche Thomas PIKETTI qui a participé au programme économique du PS dont il a dénoncé l’irréalisme durant la compagne électorale. Le Modem devra aussi intégrer les conséquences des réformes qui ne manqueront pas d'avoir lieu d'ici 2012 et l'évolution de la société qui est souvent plus en avance que les politiques.
François BAYROU continue de dénoncer l’archaïsme du traditionnel « gauche/droite » actuel. Il a raison. Mais si sa démarche aboutit, la bipolarisation de la classe politique réapparaitra sous une autre forme. Cela ne s’appellera plus « gauche/droite », mais « parti démocrate ou social-démocrate » face à un parti « libéral ou républicain ou conservateur », je laisse le choix de la dénomination. Ce dernier a et aura un leader en la personne de Nicolas SARKOZY. Face à lui la course est engagée désormais entre le parti socialiste et François BAYROU, ce dernier possédant pour l'instant une longueur d’avance vu l’état de délabrement du PS et les luttes intestines qui s’y poursuivent. Mais attention, le PS a une histoire et des élus locaux solidement implantés.
En conclusion, François BAYROU et le Modem tablent sur le long terme et l’horizon 2012. Je considère que la réussite de FB passe par le fait qu’il devienne aux yeux des français le dirigeant capable de s’opposer et d’être une alternative à Nicolas SARKOZY. C’est conditionné par la déception d’une partie des électeurs du président et de son échec, mais surtout par l’éclatement du parti socialiste. Cela fait beaucoup de si….
En attendant, le monde bouge et la France, les inquiétudes des français et les réformes ne peuvent attendre 2012.