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17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 19:54

Comme d’habitude au lendemain d’élections, chaque camp essaie de tirer les conclusions qui lui sont les plus favorables pour les vainqueurs  ou les moins défavorables possible pour les vaincus. La gauche en fait donc un instrument de remise en cause de la politique nationale et la droite se rabat sur un enjeu principalement local tout en reconnaissant une défaite sévère. C’est bien sûr plus compliqué que cela.

 

Pour moi, un des faits majeurs est le fort taux d’abstention (le plus important de la Vème République) car il résume à lui seul l’ambiance nationale : désillusion  des électeurs face aux résultats promis par le président et qui se font attendre, inquiétude face à la situation économique mondiale, pas d’adhésion à une politique alternative de gauche car elle n’existe pas pour le moment. Bref un sentiment de fatalité qui aboutit à un repli sur soi.

 

Autre point qui n’a guère favorisé la majorité présidentielle, une certaine cacophonie au sein de l’UMP et un certain manque d’engagement. Quand on voit les épisodes de Neuilly, de Reims, du 8ème arrondissement à Paris, de Metz, ces exemples et bien d’autres n’ont pas dû  pousser l’électorat UMP et de la droite à se mobiliser. Laquelle étiquette UMP n’était d’ailleurs que peu mise en avant pour séduire l’électeur. En déclarant en décembre que ces élections avaient un enjeu national puis en revenant sur cette position, le président de la République a également sa part de responsabilité dans ce manque de clarté. Je crois que pour l’instant, du côté de la majorité présidentielle le premier adversaire de l’UMP est l’UMP lui-même. Et la réaction de ce jour de Jean-Pierre Raffarin invitant le gouvernement à « rectifier le tir » ne contribuera pas à apaiser les esprits.

 

Dans bon nombre de villes, le résultat s’est joué à peu de voix. Je suis convaincu que l’environnement politique national a donc contribué à amplifier la victoire de la gauche.

 

Mais dans la majorité des villes, c’est surtout la situation locale qui a joué. Dans la majorité des cas les électeurs ont su faire le choix sur les bilans et les projets. A tout cela se sont greffés ici et là des règlements de compte locaux et nationaux. Je crois aussi que l’UMP, pour des villes très importantes n’a pas su investir sur des personnalités de stature nationale (je pense par exemple à Toulouse). Le PS, lui, l’a compris depuis longtemps et il en cueille les fruits aujourd’hui.

 

J’ai parlé plus haut de la cacophonie au sein de l’UMP. Que dire de celle au sein du Modem. !! Il a joué les trublions, les trouble-fêtes, il a été sur le devant de la scène médiatique pendant une semaine. Et maintenant ? Avec un triste bilan national de 500 élus et 3 % des voix, la traversée du désert de François Bayrou s’avère encore plus périlleuse que prévue.

Il en a payé le pris fort en étant battu à Pau. Il explique sa défaite par «  des manoeuvres », venu d’en haut. Comment peut-il être surpris, lui qui n’a cessé d’être un des opposants les plus virulents au Président de la République ces derniers mois, lui qui n’a cessé de pourfendre la bipolarisation de la politique, et bien il a eu droit à une triangulaire qui l’a fait chuté. Par ailleurs, le choix ou plutôt le non choix des alliances pour le 2ème tour a eu un effet dévastateur sur la mobilisation de l’électorat centriste. Je consacrerai un article particulier sur le Modem au  travers de ses élections et sur ses perspectives.

 

Quant au PS, s'il peut savourer dans l’immédiat sa victoire incontestable, il risque d’être ramenée très vite à la réalité de sa propre situation  et il aurait tort de croire que c’est un désaveu cinglant de la politique gouvernementale et de l’utiliser comme un contre-pouvoir. Je ne suis pas sûr que les français soient prêts à les suivre sur le terrain d’un conflit état/collectivités locales. Sa victoire, il va donc falloir qu’elle l’assume :

- on lui demandera à travers sa gestion des collectivités où il est désormais majoritaire ce qu’il compte faire pour aider les français à améliorer leur pouvoir d’achat notamment à travers les impôts locaux, les taxes, l’aide sociale, le logement, etc…

- la perspective du Congrès du PS à l’automne risque lui donner la migraine quant à son projet, sa stratégie d’alliance, le choix de son 1er secrétaire et éventuellement d’aborder celui de son candidat pour 2012.

- les prochaines élections s’annoncent aussi moins glorieuses. Les élections européennes vont raviver leur division. Ensuite il sera dur à la gauche de garder 21 régions sur 22 lors des élections régionales. Et dans ces deux élections à la proportionnelle, le Modem risque de jouer de nouveau « les épines dans le pied » sur la stratégie des alliances. 


Enfin, un mot sur le PC et les Verts. Le PC ne confirme pas son score du 1er tour et son érosion se poursuit : Calais, Montreuil, Aubervilliers, etc.. Pire le PC perd son avant-dernier bastion departemental en Ile de France, celui symbolique de la Seine-St-Denis au profit de ses "alliés" socialistes. Quant aux Verts, la prise de Montreuil par Dominque Voyent avec l'aide des voix de la droite, c'est l'arbre qui cache la fôret. Sur Paris, leur influence risque de s'étioler rapidement, Delanoé et le PS ayant la majorité absolue.

 

Le Président de la République a promis d’écouter le message que les français lui ont envoyé. Pour ma part, je souhaite :

- que les réformes se poursuivent mais qu’elles soient mieux expliquées, mieux valorisées par le gouvernement et sa majorité. Je serai attentif à celle aussi des institutions, au cumul des mandats, bref à des mesures qui peuvent réconcilier la politique et les français en dehors de leur attente principale qu’est l’amélioration de leur pouvoir d’achat

- qu’il insiste sur une meilleure répartition des bénéfices des sociétés et de la croissance (s’il y en a) entre la rémunération du capital et celle du travail

- qu’il rentre dans une stature plus conforme à l’attente des français sur l’exercice de sa fonction présidentielle. Ses prochains voyages et la présidence de l’Europe à compter du mois de juin vont lui en donner la possibilité. Mais attention, cela ne doit pas aboutir à la chiraquisation de la présidence, synonyme de désintérêt de la condition des français et d'un certain immobilisme sur la politique intérieure. Le président ne doit pas succomber aux sirènes de la partie la plus conservatrice de sa majorité.

Un échec électoral donne souvent l'opportunité de rebondir. A lui de la saisir et de repartir du bon pied.

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Published by jeff77 - dans Polémiques
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commentaires

Gerard Jeffray 19/03/2008 15:19

Cher Christianc,
Je crois que je me suis suffisamment exprimé sur la 8ème circonscription et sur la responsabilité de la députée.
Pour ce que est du reste, même si je suis toujours contre un ordre « militarisé » dans un parti politique, il ne faut pas confondre liberté de pensée et d’expression et cacophonie ou alors il est préférable de s’inscrire à un club de réflexion.
Par exemple, qu'ont pensé les électeurs du Modem à Melun quand sa tête de liste fait un accord avec le PS pour être dénoncé aussitôt par une vingtaine de personne de sa liste sous forme de tract et donc plus généralement que faire quand une moitié d’une liste veut un accord avec la droite et l’autre avec la gauche ?
Le modem revendique son autonomie et son indépendance. C’est un choix que je respecte mais qui implique des décisions difficiles et ne céder à aucune alliance, ni de droite ni de gauche ! Sinon, il a risque de conflit et d’explosion interne, ce qui risque de se produire au moment du choix des instances départementales. De plus, c’est un chemin périlleux pour avoir des élus… Et un parti avec peu d’élus…..
Vous parlez de ne pas rester à la remorque des ambitions présidentielles des uns et des autres.. Il ne vous aura pas échappé que François Bayrou en fait partie et à mon avis c’est bien le problème du Modem. Combien de temps ses militants accepteront d’agir uniquement dans la perspective des présidentielles de 2012 se contentant, en attendant, que de miettes électorales…
Ne partageant pas ces orientations, je ne peux malheureusement être que de peu de secours aujourd'hui en dehors de dire ce que je pense ou ce que je ressens le plus sincèrement possible. C’est à vous de prendre les décisions.

Christianc 18/03/2008 13:58

En sommes M.Jeffray vous êtes sévère, et sur la 8eme circonscription que s'est il passé ?
Qui a transformé la 8eme circonscription en cimetière de l'UMP ? Si ce n'est la stratégie de cette formation.
Je sais bien que certain candidat local "battu" se répand sur Canal Coquelicot contre le Modem. Faute de trouver des solutions ils cherchent des coupables...
La diabolisation entretenue actuellement ne peut que créer de nouveaux obstacles à leur recherche d'alliance, il y aura d'autres élections.
La communauté sur les valeurs, la liberté de parole et d'analyse, la solidarité dans l'action d'un mouvement démocrate et humaniste, sont des valeurs à partager.

Un peu différent de l'ordre "militarisé" que je vous ai entendu tant de fois dénoncer dans nos réunions internes..

Les modems du secteur sont courageux ce sont des alliés fidèles pas des "supplétifs" que l'on recrute et que l'on "jette" à chaque élection comme des "kleenex"..

Je regrette comme vous que les "enjeux nationaux" aient pollué nos débats locaux, nous n'avons pas pu vraiment assez débattre de nos cités, des problèmes de nos concitoyens.

L'affaiblissement/l'effritement de la majorité présidentielle actuelle vient de son incapacité à rassembler au delà de ses propres rangs.

L'horizon semble "bloqué" jusqu'en 2012, comme si demain le soleil n'allait pas se lever.

Nous ne pouvons rester à la remorque des ambitions présidentielles des un ou des autres..

Et "que fait on maintenant?"