A l’approche d’élections, la politique nous montre souvent une image détestable tant les rivalités personnelles ressurgissent et la mauvaise foi des
arguments prend le pas sur la réalité et le fond des sujets. En signant un appel commun « Pour une vigilance républicaine », Dominique de Villepin, Ségolène Royal et François Bayrou,
pour ne parler que des principaux signataires, ne se grandissent pas. C’est l’alliance de la carpe et du lapin.
On y retrouve donc l’antagonisme de Dominique de Villepin, rival malheureux du Président et qui n’en finit pas de régler ses comptes en son nom, au nom de la chiraquie avec cette obsession à
vouloir toujours exister sur le devant de la scène politico-médiatique. A ses côtés, Ségolène Royal et François Bayrou qui se livrent une lutte acharnée pour être le meilleur opposant et le
meilleur donneur de leçons de morale républicaine. Quand aux autres, nous retrouvons les souverainistes Chevènement et Dupont St-Aignan qui vivent un monde révolu, quelques déçus du centre de ne
pas avoir été ministres et enfin les opposants traditionnels, le principal étant que l’on parle d’eux en cette période électorale.
Ainsi, aux dires des signataires, la République serait en danger et mériterait donc une vigilance accrue. Tiens donc !! Et en quoi ? Sans jamais le nommer, ce qui est très courageux,
c’est évidemment le Président de la République actuel qui est visé. Prenons chaque point.
- la tentation de la monarchie élective. Les précédents présidents ont été accusés des mêmes dérives avec d’autres termes. Rappelez vous « le coup d’Etat permanent » dénoncé par
Mitterrand, vis-à-vis de De Gaulle, lequel Mitterrand s’est ensuite fondu avec délectation dans les institutions de la Vème République. Rappelez-vous Chirac qui a démissionné avec fracas comme
Premier Ministre parce que Giscard D’Estaing usait d’un pouvoir personnel et ne lui donnait pas les moyens de gouverner ainsi que de l’appel de Cochin sur la politique étrangère. Rappelez-vous
Mitterrand à qui l’on reprochait sa « cellule élyséenne ». Rappelez-vous enfin Chirac, ses collaborateurs de l’ombre et son isolationnisme, plus préoccupé des affaires étrangères que de
celles des Français. Les institutions de la Vème république portent en elles-mêmes ce risque de dérive. Nicolas Sarkozy en a promis une réforme pour les équilibrer. Il est maintenant urgent de la
faire.
- l’attachement à la laïcité. Si l’on peut faire des reproches au Président c’est beaucoup plus sur la forme avec ses déclarations intempestives et peu sur le
fond (voir mon article précédent). Je ne crois pas un seul instant qu’elle soit menacée.
- indépendance de la presse et pluralisme de l’information. Quand on lit quotidiennement le Nouvel Obs, Marianne, Le Canard Enchainé, Le Monde, Charlie Hebdo
ou Libération, je n’ai pas l’impression que la presse écrite soit en grand danger et muselée. Quand à la presse audio-visuelle, le fait de vouloir débarrasser les chaînes publiques de la
publicité irait plutôt dans le sens de la liberté et du pluralisme. Et puis, il y a internet, expression médiatique incontrôlable par le pouvoir et qui connaît plutôt quelques dérives
journalistiques.
- reste la politique étrangère. Jusqu’à ce jour, je ne crois pas que sur le fond, elle fasse honte à la France (même si l’on peut faire quelques reproches sur la forme à propos de l’épisode Kadhafi). Quand à l’indépendance nationale, que veut-elle dire à l’heure de la mondialisation et de la montée en puissance des pays émergents comme la Chine, l’Inde ou les pays d’Amérique du Sud, que veut-elle dire à l’heure de l’Europe. J’ai même le sentiment que si Nicolas Sarkozy irrite parfois par son style certains de ses interlocuteurs, tous reconnaissent son dynamisme, sa loyauté aux institutions européennes et mondiales et sa volonté d’aborder tous les sujets sans tabous. Le monde change rapidement. Nous avons besoin d’une politique étrangère qui évolue aussi rapidement sans remettre en cause les valeurs que la France a toujours su porter et véhiculer auprès des peuples. Tout cela ne me parait guère remis en cause.
Ce procès est à mon sens un mauvais procès. Même Julien Dray (PS) que l’on ne peut pas taxer que « sarkozysme béat » n’approuve pas cette démarche. Il dénonce, à juste titre, les critiques qui sont faites en permanence sur la forme des actions du Président de la République et de son gouvernement ce qui occulte tout débat sur le fond..
Mais pour critiquer sur le fond encore faut-t-il avoir des idées.
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