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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 15:32

Je n’ai pas voulu m’exprimer à chaud sur le drame accidentel de Villiers-le-Bel, une instruction est ouverte, laissons faire sereinement la justice. Retenons également que la mort de deux jeunes, quelles que soient les circonstances, reste en soi une douloureuse épreuve pour les familles et les amis. 

Dans ce contexte, on peut néanmoins regretter, qu’une fois encore, les médias nous envoient « brut de fonderie » les déclarations de vrais et faux témoins sans être capable de faire le tri. On privilégie le direct, le sensationnel, ce qui n’arrange pas un climat déjà explosif dans de telles affaires qui mettent en confrontation jeunes et policiers.

Sur ce cas précis, à Villiers-le-Bel, je ne verserai pas dans la pensée unique à propos du "malaise de la jeunesse" dans ces quartiers difficiles. Il ne justifie en rien les émeutes qui s’en sont suivies, lesquelles n'ont été que le prétexte à une violence urbaine gratuite pour s'attaquer à tout ce qui peut représenter une "menace pour le territoire" , "casser du keuf" et accessoirement en profiter pour faire quelques pillages "gratos". Elles sont inacceptables, condamnables et le gouvernement a un premier devoir, celui de rétablir l’ordre républicain dans ces quartiers d’autant qu’un degré supplémentaire dans la violence a été franchi en tirant sur les forces de l’ordre. Les auteurs de tels actes ne doivent plus être appelés des jeunes, mais des délinquants et des criminels.

Une fois cela dit, le problème des banlieues est-il résolu ? Certes non. N’a-t-on rien fait depuis 2005 ? Bien sûr que non, mais s’est t-on réellement attaqué au fond de la question ? Là encore je suis tenté de répondre non. Espérons que le plan « Banlieues » qui doit être présenté en janvier sera à la hauteur du défi.

Pour moi et à la vue de mon expérience d’élu local, le mal des banlieues est issu :

- de l’urbanisme massif des années 1950 à 1970

- d’une intégration déficiente face à une immigration mal maîtrisée

- une ghettoïsation progressive des quartiers avec un manque de mixité sociale et souvent leur difficulté d’accès aux bassins d’emplois des environs

- des désintégrations familiales au dessus de la moyenne et donc une difficulté de maintenir le respect de l’autorité parentale

- un fort taux de chômage des jeunes et donc un sentiment d’exclusion de la société et de la République.

- la forte pénétration dans ces quartiers d’une économie parallèle et illicite.

Bref, dans ces quartiers, se sont accumulées toutes les insuffisances de la société française conjuguées à une jeunesse qui ne parle que de ses droits, en perte de repère sur ses devoirs et de plus particulièrement maléable.

Comme souvent en France, dès qu’un problème se pose, on n’y répond en déversant des sommes souvent considérables mais sans cohérence globale et dont l’efficacité se noie dans les tracasseries administratives et la multiplicité des acteurs, chacun étant jaloux de ses prérogatives. Que faut-il donc faire ?

D’abord, dire la vérité sur la situation de ces banlieues et écouter les maires de ces communes qui font le même diagnostic quelle que soit leur tendance politique. Il faut oser dire que nous payons des erreurs de ces 50 dernières années et que cela ne se règlera pas en 15 jours mais sur tout une génération. Faut-il des moyens financiers supplémentaires ? Je n’en suis pas sûr. Utilisons déjà d’une façon plus rationnelle et plus coordonnée les sommes disponibles.

C’est un défi national qui est en face de nous et cela nécessite des plans d’envergure à long terme (par tranche de 5 ou 10 ans) avec une prise de conscience collective qui ne cherche pas à diaboliser telle ou telle type de population. Les actions doivent se concentrer principalement :

- sur ce que j’appellerai la reconquête républicaine de l’Etat en terme de sécurité, de justice, d’éducation et de formation professionnelle (prévention/ répression)

- sur la reconquête de l’urbanisme, de la mixité sociale et le désenclavement des quartiers avec une meilleure accessibilité par les transports en commun des bassins d’emplois

Cela passe en parallèle par une meilleure coordination des actions, de l’affectation et du suivi des moyens mis en place entre l’Etat, les collectivités locales, les services éducatifs et sociaux, les associations et où chacun n’essaie pas de tirer « la couverture » à soi. D'ailleurs, le gouvernement serait bien inspiré de prendre en compte le rapport de la Cour des Comptes qui porte un jugement très sévère sur l'affectation et le suivi des crédits affectés à la Politique de la Ville... Il n'est jamais trop tard pour bien faire...

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Published by jeff77 - dans Société
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PROST 07/12/2007 23:06

Entierement d'accord avec cette analyse, evidemment, mais chaque emeute de ce type me laisse un peu plus desemparé, et les violences chaque fois croissantes m'inspire un autre type de commentaire. Et si le retentissement mediatique, outre son aspect par trop bienveillant envers les emeutiers, ne constituait pas une invitation implicite à "faire mieux" à la prochaine occasion aux loubards de quartier et aux jeunes en proie au mal de vivre du à la perte de tout repere et autorité parentale. Ne pourrait on reflechir à une limitation drastique de cette publicité malsaine, comme première mesure de sauvegarde?
JMP77